Apnée du sommeil : la maladie des routiers ?

D’après une nouvelle étude italienne, de nombreux conducteurs de camion seraient atteints d’apnée obstructive du sommeil sans le savoir, ce qui peut s’avérer très dangereux. L’association ayant mené l’étude réclame que les entreprises de transports routiers soumettent leurs conducteurs à un test de dépistage. 

Un chauffeur endormi au volant

L’apnée obstructive du sommeil (AOS), qui concerne 6 à 17% de la population, consiste en des arrêts involontaires de la respiration pendant la nuit car l’air ne passe plus normalement dans les poumons. Ces pauses durent plus de 10 secondes (elles peuvent atteindre jusqu’à 30 secondes) et se produisent plusieurs fois par nuit à une fréquence variable. Dans les cas graves, il arrive qu’elles surviennent jusqu’à plus de trente fois par heure. Elles peuvent alors se traduire par une fatigue au réveil, des maux de tête et une somnolence dans la journée. A terme, cette affliction peut entraîner des maladies cardiovasculaires, du diabète, des dépressions ou encore des complications lors d’opérations sous anesthésie générale. Par ailleurs, des études ont montré qu’une personne privée de sommeil à cause de cette maladie a 12 fois plus de risque d’être victime d’un accident de la route, faute de vigilance. C’est pourquoi, l’Union européenne a mis en place une directive pour limiter les risques d’accidents liés à l’AOS : les conducteurs atteints de cette maladie sous forme modérée ou grave doivent consulter un médecin avant que leur permis ne soit délivré ou renouvelé. On peut par ailleurs leur conseiller de ne pas conduire tant que le diagnostic n’a pas été confirmé et que des mesures médicales n’ont pas été prises. Cependant, à l’heure actuelle, de nombreuses personnes ignorent souffrir de cette maladie (en France, selon une étude, six personnes atteintes sur dix ne se soignent pas) et c’est notamment le cas de beaucoup de chauffeurs routiers. D’après une enquête italienne menée sur 905 camionneurs et présentée ce lundi 30 septembre au Congrès international de l’European Respiratory Society, la moitié d’entre eux souffrirait au moins d’un problème respiratoire lié au sommeil pouvant potentiellement les endormir au volant. Ils étaient par ailleurs nombreux à l’ignorer avant l’étude. Par conséquent, l’association italienne des patients souffrant d’apnée du sommeil réclame désormais à ce que les transporteurs routiers soumettent leurs conducteurs à un test de dépistage pour repérer d’éventuels problèmes respiratoires liés au sommeil.

L’association en est arrivée à ces conclusions après avoir mené une enquête sur la santé des conducteurs à la demande de Federtrasporti, une coopérative italienne de chauffeurs de camion. Pendant 44 jours, des patients experts bénévoles, des médecins et des infirmières ont suivi des chauffeurs dans des entreprises de transport appartenant à Federtrasporti. Ils ont mesuré leur taille, leur poids, leur tour de taille et se sont informés sur leurs conditions médicales ainsi que sur des facteurs liés au mode de vie comme la consommation de cigarette ou de drogue. Ils les ont également interrogés sur la durée de leurs trajets, les distances parcourues, le type de marchandise transportée et de voie empruntée. Et ils leur ont bien sûr posé des questions sur leur sommeil. Parmi elles : « Ronflez-vous? » , « Etes-vous insatisfaits de la façon dont vous avez dormi ? », « Vous réveillez-vous souvent avec un besoin urgent d’uriner ? » ou encore « Ressentez-vous fréquemment le désir ou le besoin de dormir pendant la journée (sauf après le déjeuner) ? ».

De la responsabilité « morale et civique » des entreprises

Résultats : près de 10% des conducteurs (90) ont déclaré que leur partenaire avait remarqué qu’ils s’arrêtaient parfois de respirer lors de leur sommeil. Par ailleurs, 55% avaient pour habitude de ronfler (508) et 43% (387) ont répondu « oui » à au moins deux des questions sur le sommeil et sont donc à risque d’AOS. Qui plus est, 17% des personnes interrogées souffraient d’hypertension et 6% de diabète. Et sur les 508 ronfleurs habituels, 15% (78 conducteurs) souffraient également d’AOS, ont remarqué les chercheurs. Ainsi, la proportion de conducteurs souffrant de ce trouble serait bien plus importante que les 10% au courant de leur condition. Autre observation intéressante : 35 % des ronfleurs habituels se disent insatisfaits de leur sommeil et 21 % se plaignent de somnolence pendant la journée. Enfin, les chercheurs ont également constaté que le nombre de ronfleurs augmentait avec l’âge.

« Cette étude d’observation a souligné la prévalence élevée de l’apnée obstructive du sommeil chez les conducteurs de camions, qui est supérieure à la prévalence dans la population générale. Ceci est dû à un mode de vie qui oblige les conducteurs à s’asseoir plusieurs heures par jour, avec peu d’activité physique et une mauvaise alimentation, ce qui augmente le risque de somnolence diurne excessive et de somnolence inattendue au volant », explique M. Luca Roberti, président de l’association. En effet, le surpoids fait notamment partie des facteurs de risques pour développer l’AOS.

« Considérant que les conducteurs sont responsables de véhicules de transport de plusieurs tonnes, les entreprises ont une grande responsabilité morale et civique pour s’assurer que leurs employés peuvent conduire en toute sécurité et qu’ils ne risquent pas de s’endormir soudainement au volant. Cela serait également conforme à la législation de l’Union européenne qui réglemente le renouvellement des permis de conduire des personnes souffrant d’apnée obstructive du sommeil », déclare donc Roberti. Et de conclure: « Les entreprises de transport devraient obliger leurs conducteurs à se soumettre à des examens pour diagnostiquer tout problème respiratoire lié au sommeil, et elles et leurs conducteurs devraient accorder une attention particulière à l’alimentation de ces derniers » .

Les camionneurs « pourraient avoir une prévalence plus élevée d’apnée obstructive du sommeil »

Désormais, les chercheurs veulent étudier le débit respiratoire, les niveaux d’oxygène dans le sang, le ronflement et la position pendant la nuit de 5 % des 905 conducteurs de la première étude. Pour ce faire, ils ont attaché des dispositifs à ces derniers. Les résultats seront utilisés pour vérifier l’exactitude de ceux obtenus à partir des questionnaires.

« Cette étude fournit des données intéressantes sur les troubles respiratoires du sommeil chez les conducteurs de camions et suggère que, en tant que groupe, ils pourraient avoir une prévalence plus élevée d’apnée obstructive du sommeil que la population générale. Cependant, nous pouvons traiter et améliorer l’AOS ; des mesures comme arrêter de fumer, perdre du poids et être plus actif physiquement peuvent aider à améliorer la condition, ce qui peut contribuer à réduire le risque d’accidents de la route dus à la somnolence des conducteurs (…) Pour les cas plus graves d’AOS, des traitements efficaces comme une pression positive continue dans les voies respiratoires peuvent être fournis. Cela aide les personnes atteintes d’AOS à respirer plus facilement la nuit, ce qui peut améliorer la qualité de vie des patients et permettrait également de réduire la somnolence au volant », commente le Professeur Anita Simonds, consultante en médecine respiratoire et du sommeil à la Royal Brompton and Harefield NHS Foundation Trust (Royaume-Uni) et vice-présidente de l’European Respiratory Society, extérieure à l’étude, en réaction à cette dernière.

En France, un accident mortel de la route sur 3 est dû à la somnolence sur les autoroutes, selon une étude IFOP parue l’été dernier. Cela en fait la première cause de décès sur ces axes (26%) au cours des cinq années précédant le rapport. Tous les ans dans l’Hexagone, 90 000 accidents sont dus à la somnolence.

Observance de la ventilation en PPC dans le SAS

CPAP ventilation compliance in SAS 
J.-C. Meurice[1] Service de Pneumologie, CHU de Poitiers.

L’observance du traitement par ventilation en pression positive continue (PPC) est un élément déterminant de la prise en charge du syndrome d’apnées-hypopnées du sommeil (SAHS). Son importance implique de rechercher au préalable, chez le patient, les facteurs prédictifs d’observance, de même que, tout au long du suivi, les moyens d’améliorer l’observance du traitement au quotidien. Chaque étape de la mise en place d’une ventilation en PPC peut influencer l’observance et doit donc, à ce titre, être correctement effectuée et suivie.
 Mise en place d’une ventilation en PPC
La ventilation en PPC consiste à apporter et maintenir une pression positive dans les voies aériennes supérieures, à l’aide d’un débit aérien de l’ordre de 20 à 60 l/min. La PPC, réglable entre 3 et 20 cm H2O, peut être délivrée en mode constant ou en mode autopiloté, avec adaptation permanente aux besoins du patient. Le recours systématique à la polygraphie/polysomnographie (PSG) pour la titration de la PPC efficace et/ou son contrôle secondaire est actuellement discuté, bien que ce type d’enregistrement puisse avoir un impact sur l’observance des patients.L’observance ou acceptation véritable de la ventilation en PPC par un patient sous-entend une utilisation régulière, toutes les nuits et au minimum 5 à 6 heures par nuit, ainsi qu’éventuellement durant la sieste.Il existe des moyens de surveillance de l’observance des patients, notamment avec les appareils de ventilation en PPC autopilotée qui renseignent sur les niveaux de pression délivrés au cours de la nuit et, surtout, sur la durée d’utilisation quotidienne de l’appareil par le patient. Cependant, il est impossible d’analyser les données d’observance de la ventilation en PPC délivrées par l’appareil sans les confronter à l’évolution clinique du SAS qui reste le seul critère d’efficacité indiscutable du traitement
Efficacité clinique de la ventilation en PPC
La ventilation en PPC, bien conduite, a, en effet, une efficacité clinique immédiate, avec sensation de sommeil reposant chez le patient, dès le lendemain de la première utilisation.À plus long terme, les effets cliniques de la ventilation en PPC sont, pour l’essentiel, une amélioration de la vigilance diurne et des capacités cognitives, une reprise des activités socioprofessionnelles normales et une amélioration de la qualité de vie, souvent associées à des effets bénéfiques sur la morbidité cardio-vasculaire.La disparition des ronflements, de l’hypersomnie diurne et de la polyurie nocturne, parfois dès la première nuit de traitement, sont, globalement, pour le praticien, des signes objectifs de bonne observance du traitement et de son utilisation correcte par le patient.Les appareils de ventilation en PPC ont rarement d’effets secondaires sévères, mais des effets indésirables mineurs qu’il est nécessaire de prendre en compte pour améliorer l’observance des patients. Ce sont principalement : une intolérance vis-à-vis du masque nasal (42 à 46 % des patients) ; des éveils nocturnes (39 à 46 %) ; une sécheresse nasale et buccale (26 à 69 %) et/ou des rhinites et rhinorrhées (23 à 42 %) qui peuvent compromettre l’utilisation de ces appareils à plus ou moins long terme.Chacun des éléments précités, depuis la mise en route de la ventilation jusqu’au type d’appareil utilisé, peut représenter un facteur conditionnant la qualité de l’observance vis-à-vis de la PPC.
Données d’observance dans la littérature
Le taux moyen de refus initial d’un traitement par ventilation en PPC est, selon la littérature, de l’ordre de 15 % (5 à 50 %) chez les patients ayant eu une titration initiale par PSG. La plupart des patients ne bénéficiant plus actuellement de ce type de titration avant la mise sous traitement, il est vraisemblable que le taux de refus puisse être plus élevé.L’observance à moyen terme, c’est-à-dire, dans les 2 ans qui suivent la mise en place d’une ventilation en PPC, est, selon le réseau ANTADIR, en France, supérieure à 80 %. Elle semble plus faible dans les pays anglo-saxons, et notamment aux États-Unis où elle est évaluée entre 55 et 70 %. Les facteurs prédictifs d’observance à moyen terme sont essentiellement : la gravité initiale du SAHS, l’amplitude et la rapidité de l’amélioration clinique sous traitement et la qualité de la prise en charge initiale et du suivi des patients.L’observance à long terme a été relativement peu étudiée. Une étude chez 1 211 patients [1] rapporte un taux de compliance de 68 % à 5 ans et relève comme facteurs prédictifs principaux d’observance à long terme : la sévérité initiale du SAS, avec un index de somnolence diurne excessive supérieur à 10 à l’échelle d’Epworth, et une bonne compliance au traitement durant les 3 premiers mois. Deux publications se montrent plus optimistes : une étude de J. Krieger [2] qui rapporte, chez 575 patients, une observance supérieure à 90 % à 3 ans et à 85 % à 7 ans, et un travail récent de D. Rodenstein (2005) qui observe, sur une durée supérieure à 5 ans, une stabilité de l’observance, avec augmentation progressive de la durée d’utilisation de la ventilation en PPC par les patients au cours du temps (augmentation moyenne de 8 minutes par nuit, chaque année).Une étude française [3] apporte des informations sur l’observance du traitement à plus long terme, à partir de 137 patients (119 hommes et 18 femmes), âgés de 58 ± 12 ans, suivis en moyenne 9,2 ± 4,7 ans, chez lesquels la ventilation en PPC a été mise en place entre 1985 et 1993 au CHU d’Angers. Parmi ces patients, 30 sont décédés, 5 ont été perdus de vue et 30 ont été désappareillés. Chez les patients toujours observants, les auteurs retrouvent une durée d’utilisation quotidienne très importante de la ventilation en PPC, soit 7,5 heures par nuit, et ils estiment la probabilité de poursuite du traitement à 82 % à 5 ans, 77 % à 10 ans et 61 % à 15 ans (fig. 1). Dans cette étude, la sévérité du SAS apparaît également comme le facteur prédictif majeur d’acceptation du traitement à long terme, avec un taux d’acceptation à 10 ans de 82 % pour les IAH > 30/h vs 58 % pour les IAH ≪ 30/h et une probabilité d’abandon à 1 an, en fonction de l’IAH, qui est, respectivement, de 3 % et 25 %. Un autre facteur prédictif d’observance à long terme, plus inattendu, a été mis en évidence dans cette étude, soit, un niveau de PPC élevé, avec une observance plus importante pour un niveau de pression efficace supérieur à 10 cm H2O.Des données récentes de l’Observatoire PPC-ANTADIR (2005), concernant 7 078 patients (5 926 hommes et 1 153 femmes) ayant un diagnostic de SAS exclusif et traités par ventilation en PPC, estiment à 70 %, quel que soit le sexe, leur probabilité de rester appareillés après 10 ans de traitement. Ces données précisent que les sujets les plus jeunes (18-30 ans) ont une plus forte tendance à arrêter le traitement avant le terme de 10 ans, de même que, de façon significative, les patients ayant un IAH ≪ 30/h par rapport à ceux ayant un IAH plus élevé. Enfin, le poids des patients intervient, semble-t-il, dans l’observance à long terme, les patients ayant les IMC les plus élevés et, de ce fait, probablement, les SAS les plus sévères, se montrant les plus compliants à 10 ans. Toutes ces données apportent donc des éléments d’information importants sur les facteurs prédictifs d’observance et elles devraient contribuer à une meilleure sélection et un suivi plus efficace des patients placés sous ventilation en PPC.
Facteurs conditionnant la qualité de l’observance
Les facteurs d’amélioration possible de la qualité de l’observance sont, d’abord, une intervention efficace sur les effets secondaires indésirables de la ventilation en PPC et, plus particulièrement, sur l’inconfort induit par le port du masque nasal et sur la sécheresse naso-buccale.Depuis 20 ans, des progrès importants ont été réalisés en matière de masques d’inhalation (diminution de taille, de poids, de rigidité et réduction des fuites) se traduisant par un gain de confort pour le patient et une augmentation du temps de port de ces masques au quotidien. Plus récemment, ont été proposés des masques faciaux ou naso-buccaux destinés à éviter les fuites au niveau buccal et à améliorer les phénomènes de sécheresse naso-buccale : leur tolérance reste encore à évaluer. Des masques buccaux ont été également testés, en alternative aux masques nasaux, naso-buccaux ou faciaux, lorsque ceux-ci sont mal tolérés ou inefficaces (pour des problèmes d’obstruction nasale, par exemple), mais leur taux d’observance apparaît encore relativement faible.Des appareils intégrant une humidification chauffante au système de ventilation ont été développés pour lutter contre les phénomènes de sécheresse naso-buccale et rétablir une hygrométrie satisfaisante au niveau de la muqueuse nasale ; leur utilisation, surtout au cours des premières semaines de traitement, peut nettement améliorer l’observance des patients.La taille des appareils de ventilation en PPC par rapport à l’observance n’a été que peu évaluée dans la littérature mais, en pratique, la demande des patients, de plus en plus axée sur les appareils de petite taille, voire miniaturisés, semble parfaitement relayée par les fabricants.La mise à disposition des patients d’appareils de ventilation en PPC autopilotée, utilisables en titration comme en traitement à domicile, a joué certainement en faveur d’une amélioration de la compliance. Peu d’études ont déterminé l’efficacité à long terme de « l’auto-titration » de la PPC : l’équipe de Teschler [4] a cependant rapporté qu’après 8 mois de traitement sous PPC efficace « autotitrée » on observait une bonne compliance des patients et une efficacité satisfaisante du traitement en termes de PSG. D’autres études à moyen terme ne relèvent pas, non plus, de différences en termes de compliance ou de durée d’utilisation quotidienne, entre les appareils à PPC autopilotée et à PPC fixe. Il existe ainsi, très probablement, pour les appareils à ventilation en PPC autopilotée, des indications préférentielles en termes d’observance, en particulier : les SAS avec variabilité importante de pression et/ou hypersomnies résiduelles ou les SAS à haut niveau de pression positive efficace.Les appareils à double niveau de pression de type C-flex qui permettent une réduction du niveau de la pression positive efficace au cours de l’expiration peuvent aussi contribuer à améliorer l’observance, tant en durée d’utilisation qu’en fréquence d’utilisation.Le type de titration initiale de la PPC pourrait cependant intervenir dans la compliance au traitement, une étude [2] ayant rapporté que les patients dont la titration avait été effectuée à domicile se montraient généralement moins observants que ceux dont la titration avait été faite sous PSG, au laboratoire de sommeil.L’évolution de la qualité du sommeil au cours de la nuit de titration semble un facteur important d’observance : une étude [5], à faible effectif, a en effet montré une corrélation significative entre l’amélioration du sommeil au cours de la nuit de titration et l’observance des patients à 6 semaines ; et une autre [6], chez 101 patients, une corrélation entre l’amélioration du sommeil au cours de la première nuit et l’utilisation de l’appareil à long terme, l’observance à 1 an dépendant de la sévérité initiale du SAHS et de la qualité de restauration du sommeil durant la nuit de titration.Il faut ajouter à tous les facteurs de bonne observance de la ventilation en PPC, l’éducation des patients qui en est un élément capital et conditionne, probablement, l’utilisation durable du traitement. Les motifs de l’appareillage, la description de l’appareil, son mode de fonctionnement, ses conditions d’utilisation dans la vie quotidienne, sont des informations indispensables à fournir au patient. Des programmes d’éducation initiale adaptés et une utilisation correcte de l’appareil de ventilation au cours de la première semaine ont montré leur capacité à assurer l’observance du traitement à long terme [7]. Un article de Hoy [8] souligne, pour sa part, l’efficacité d’un renforcement de l’éducation et de l’apprentissage initiaux, sur une période de 6 mois, pour améliorer, de façon significative, l’observance, la vigilance diurne et la qualité de vie des patients.Selon des observations du groupe PPC-ANTADIR en 2000 [9], cependant, les résultats, en termes de compliance et de vigilance diurne, de 4 modes différents de prise en charge des patients : optimale ou minimale (standard) à l’hôpital et à domicile, optimale à l’hôpital et minimale à domicile ou inversement, s’avèreraient, en fait, relativement superposables.L’éducation des patients représente néanmoins une étape initiale indispensable à une prise en charge efficace et elle doit être renforcée chez les sujets qui présentent des critères prédictifs de mauvaise observance.
En conclusion
L’observance de long cours de la ventilation en PPC est tributaire avant tout de la bonne sélection des patients en matière d’appareillage et de la qualité de l’apprentissage initial, tout se jouant au cours des premières semaines de traitement. Il est probable que, pour améliorer l’observance, il serait intéressant d’impliquer aussi les médecins généralistes dans la prise en charge et le suivi de ces patients à domicile.
Références
[1]McArdle N, Devereux G, Heidarnejad H, Engleman HM, Mackay TW, Douglas NJ : Long-term use of CPAP therapy for sleep apnea/hypopnea syndrome. Am J Respir Crit Care Med 1999 ; 159 : 1108-14.
[2]Krieger J, Kurtz D, Petiau C, Sforza E, Trautmann D : Long-term compliance with CPAP therapy in obstructive sleep apnea patients and in snorers. Sleep 1996 ; 19 : S136-43.[3]Bizieux-Thaminy A, Gagnadoux F, Blinquet C, Meslier N, Person C, Racineux J : Acceptation à long terme du traitement par pression positive continue. Rev Mal Respir2005 ; 22 : 951-7.
[4]Teschler H, Farhat AA, Exner V, Konietzko N, Berthon-Jones M : AutoSet nasal CPAP titration: constancy of pressure, compliance and effectiveness at 8 month follow-up. Eur Respir J 1997 ; 10 : 2073-8.
[5]Jasani R, Sanders M, Costantino J, Atwood C, Hajduk I, Strollo P. Use of post CPAP titration questionnaire to predict adherence to therapy in sleep apnea. Am J Respir Crit Care Med 2000 ; 161 : A 359.
[6]Paquereau J, Neau JP, Meurice JC. Predictive criteria of continuous positive airway pressure (CPAP) compliance in obstructive sleep apnea syndrome. Am J Respir Crit Care Med 2000 ; 161 : A 362.
[7]Herdegen JJ, Clark LJ, Stepanski EJ, Cartwright RD. Use of a CPAP support service to enhance and predict CPAP use. Am J Respir Crit Care Med 2000 ; 161 : A 361.
[8]Hoy CJ, Vennelle M, Kingshott RN, Engleman HM, Douglas NJ : Can intensive support improve continuous positive airway pressure use in patients with the sleep apnea/hypopnea syndrome? Am J Respir Crit Care Med 1999 ; 159 : 1096-100.[9]Groupe PPC-ANTADIR : Role of patient education in a multicenter prospective study of CPAP induction for treatment of sleep apnea in France. Am J Respir Crit Care Med 2000 ; 161 : A 362.

Syndrome d’apnées du sommeil

Description de cette image, également commentée ci-après
Illustration de l’obstruction de la ventilation.

Le syndrome d’apnées du sommeil (« SAS ») ou plus précisément syndrome d’apnées-hypopnées du sommeil (« SAHS ») est un trouble du sommeil caractérisé par un arrêt du flux respiratoire (apnée) ou une diminution de ce flux (hypopnée).

Ses causes sont diverses mais peuvent être classées en deux catégories :

  • elles peuvent être obstructives et associées à une obésité ou à un syndrome métabolique : il est alors question de « syndrome d’apnées obstructives du sommeil » (« SAOS »). Une apnée est dite « obstructive » quand elle résulte d’efforts respiratoires pour lutter contre une obstruction des voies aériennes supérieures : nez, bouche, pharynx, larynx. Elle représente 90 % des syndromes d’apnées du sommeil.
  • elles peuvent être aussi neurologiques, par anomalie du contrôle de la respiration et il n’y a donc alors pas d’effort d’inspiration comme dans le cas précédent. Il est question de « syndrome d’apnées centrales du sommeil » (« SACS »).

Ce syndrome affecte la qualité de vie non seulement des personnes qui en sont atteintes, mais aussi celle de leur entourage :

  • en effet, les apnées, en dégradant la qualité du sommeil (diminution du sommeil profond et paradoxal, micro-éveils), provoquent l’apparition d’une somnolence diurne excessive[1] parfois associée à une irritabilité, à une baisse de la libido[1], ou à un état dépressif ;
  • d’autre part, les apnées diminuent la pression partielle en oxygène dans le sang et provoquent une désaturation en oxygène. L’hypoxémie chronique qui en résulte est elle-même responsable d’une hypertension artérielle et de l’apparition d’autres troubles cardio-vasculaires.

La prévalence du SAS est estimée entre 0,5 et 5 %. Ce syndrome est souvent méconnu, bien que son diagnostic soit maintenant bien codifié et obéisse à des critères précis. Les traitements sont nombreux et leurs indications varient selon les cas. Ce n’est que depuis 1981 qu’existe un traitement constamment efficace, la ventilation en pression positive continue (PPC). L’entourage des patients joue un rôle essentiel dans l’accompagnement du traitement. Le SAOS affecte quasiment 2 % des personnes adultes, mais seulement un malade sur 6 est traité. D’après une étude américaine c’est chaque année 1400 vies humaines, atteintes de SAOS, qui meurent dans un accident de la route.

Longtemps ignoré, le SAS, dans sa forme la plus fréquente (« SAOS »), a été décrit en 1956 sous le nom de « syndrome de Pickwick ». De nombreux personnages historiques en furent atteints, tel Dionysius d’Héraclée. Napoléon Ierou encore Winston Churchill avaient des facteurs de risque les prédisposant à l’apnée du sommeil mais sans confirmation de ce diagnostic[2]

Définition

Le SAOS a longtemps porté le nom de « syndrome de Pickwick[3] » (syndrome obésité-hypoventilation), nom tiré des Papiers posthumes du Pickwick Club de Charles Dickens. Le personnage de Joeapparaît au 4e chapitre du volume I[4].

Le syndrome SAS est défini par la survenue durant le sommeil d’épisodes anormalement fréquents d’obstruction complète ou partielle des voies aériennes supérieures, responsables d’interruptions (apnées) ou de réductions significatives (hypopnées) de la ventilation, et associés à des manifestations cliniques le plus souvent dominées par une somnolence diurne excessive avec parfois des endormissements incoercibles.

Les autres symptômes principaux sont le ronflement, la somnolence et les céphaléesmatinales, et la constatation d’apnées au cours du sommeil par l’entourage.

Plusieurs symptômes et signes sont communs à ceux d’une aggravation de la déglutition salivaire atypique, reliquat de la déglutition infantile : interruption prématurée de la croissance, du développement et de la maturation des organes buccaux (infraclusion des dents, palais étroit et profond, etc. Voir aussi « Auxologie »), laxité musculaire (langue, voile du palais, pharynx), respiration buccale, souffrance respiratoire (hypoxémie), infections fréquentes des voies respiratoires, prédisposition aux allergies, bruxisme, acouphènes (en anglais tinnitus), etc.

Le diagnostic est posé sur un nombre excessif d’événements (apnées et hypopnées) constaté (un index apnée-hypopnée supérieur ou égal à 5) au cours d’un enregistrement polysomnographique. L’index apnée-hypopnée (terme abrégé en IAH) est défini par le nombre d’événements par heure. Un IAH de 10 peut donc être 10 événements en 1 heure ou 80 événements en 8 heures.

Événements respiratoires

L’apnée est définie par une interruption du débit aérien de plus de 10 secondes. Il n’existe aucun consensus de définition pour l’hypopnée. Cette dernière est souvent associée, en polysomnographie, à des phases de désaturation en oxygène (diminution de 3 à 4 % de la saturation, voire plus pour les cas les plus graves), ces événements s’accompagnant d’un allègement du sommeil responsable de somnolence excessive.

La mesure des efforts respiratoires permet de qualifier les apnées en séparant les apnées obstructives (avec efforts respiratoires), les centrales (sans effort) ou les mixtes. Il n’existe pas de consensus de définition du seuil pathologique où il est question de ronflements : 45 à 60 dB (conversation courante) sans standardisation de la mesure. Les analyses acoustiques ne présentent pas d’intérêt. Les micro-réveils sont induits par l’augmentation de l’effort respiratoire (et pas par la diminution de la saturation en O2). Il n’existe pas de consensus sur la durée les définissant, le seuil le plus courant étant une période supérieure à 3 secondes.

Syndromes

Apnées obstructives du sommeil

Le diagnostic n’est posé qu’après une mesure polysomnographique. Aux États-Unis, ce syndrome est défini par une fréquence supérieure à cinq apnées par heure de sommeil[5]. En France, le seuil est de dix apnées par heure de sommeile. Hormis les effets potentiels de la déglutition salivaire atypique, il n’existe pas d’étude de corrélation entre seuils et pathologie ou souffrance ressentie.

Apnées centrales du sommeil

Le diagnostic est également posé après un examen polysomnographique qui ne retrouve pas d’obstruction comme cause des apnées. Il existe cependant des syndromes mixtes.

Ronflement

Le phénomène est banal (d’après les déclarations de leurs conjointes, 86 % des hommes ronflent). L’interrogatoire reste très peu fiable. Les différents enregistrements de polysomnographie ont montré que les femmes ronflaient autant que les hommes bien que la puissance en décibels soit plus importante chez l’homme que la femme. L’âge (maximum à 60–70 ans), la surcharge pondérale, l’alcool et la prise de certains médicaments induisant un relâchement musculaire favorisent le ronflement. Il constitue une plainte initiale fréquente dans la découverte des SAOS.

Un index de ronflement (nombre de ronflements/heure de sommeil) peut être calculé. Un ronfleur a un index supérieur à 30. Il s’agit d’un cas sévère s’il est supérieur à 300. Là aussi, les valeurs seuils influent sur la prévalence.

Ronfler a été défini comme un facteur de risque cardio-vasculaire indépendant du SAOS. Sans SAOS, il existe une somnolence diurne chez certains ronfleurs.

Hautes résistances des voies aériennes supérieures

C’est une définition clinique et polysomnographique. Il s’agit de l’association d’une somnolence diurne excessive, d’« évènements respiratoires nocturnes hors apnées-hypopnées » (ronflements, micro-réveils, limitation du débit, etc.) et d’un test thérapeutique : amélioration par la ventilation en pression positive continue.

Ce syndrome se différencie du SAOS par l’absence d’apnées ou d’hypopnées telles qu’elles sont définies plus haut (inférieur à 10 apnées par heure, en France), et par l’absence de retentissement sur la saturation artérielle en oxygène au cours du sommeil, même s’il existe une similitude entre ces deux syndromes sur le plan des symptômes (altération de la vigilance, somnolence diurne) et de leur mécanisme (fragmentation du sommeil en rapport avec une élévation des résistances des voies aériennes supérieures).

Épidémiologie

On évalue la sévérité d’un syndrome d’apnées du sommeil au terme d’un enregistrement polysomnographique nocturne en comptant le total moyen horaire du nombre d’apnées centrales, du nombre d’apnées obstructives et du nombre d’hypopnées. Le résultat de cette mesure se nomme l’Index Apnées-Hypopnées (IAH).

La gravité de la maladie apnéique est évaluée par cet IAH[:

  • IAH inférieur à 5 : le sujet est dans la moyenne de la population, il n’y a pas d’affection
  • IAH entre 5 et 15 : syndrome léger
  • IAH entre 15 et 30 : syndrome modéré
  • IAH égal ou supérieur à 30 : syndrome sévère

Prévalence

  • 24 % des sujets testés en polysomnographie ont un IAH égal ou supérieur à 5.
  • 15 % des sujets testés en polysomnographie ont un IAH égal ou supérieur à 10.
  • 5 % des sujets testés en polysomnographie ont un IAH égal ou supérieur à 15.
  • Les sujets ayant un IAH supérieur à 20 sont beaucoup plus rares
  • Et les sujets ayant un IAH supérieur à 30 sont extrêmement rares

Ces chiffres concernent les sujets ayant entrepris la démarche de diagnostic, donc ayant commencé à consulter le neurologue. La prévalence exacte sur la population entière reste toutefois difficile à évaluer car la plupart des personnes souffrant d’apnées du sommeil ne consultent pas et restent sans diagnostic[, et donc également sans prise en charge. Comme pour nombre d’affections médicales chroniques et pour les mêmes raisons (la non-consultation) la prévalence sur la population est donc certainement sous-évaluée.

Par ailleurs 1 à 2 % des enfants âgés de 4 à 5 ans souffrent d’apnées du sommeil (essentiellement ceux ayant de grosses amygdales et des végétations)[.

La méthode de référence pour l’évaluation de la prévalence est la polysomnographie (PSG). Cette technique est cependant lourde et coûteuse (un peu moins de 200  en France en 2008) avec des limites : surestimation selon la position de sommeil, effet première nuit, etc. Elle est par conséquent inutilisable en épidémiologie.

L’évaluation de la prévalence sur la population repose donc beaucoup plus sur l’utilisation de questionnaires directs ou téléphoniques, mais avec des résultats individuels estimés de manière très imparfaite par rapport à ceux résultant de la polysomnographie[. Les résultats de mesure d’une prévalence sur la population par l’emploi de ces questionnaires très subjectifs sont de 5 % à 9 % chez l’homme et d’environ 2,5 % chez la femme et n’ont donc qu’une valeur indicative, la précision objective suffisante chez chaque individu ne pouvant être obtenue qu’au terme d’un véritable examen polysomnographique avec prise en compte des biais, notamment ceux dû à l’effet « première nuit ».

Facteurs favorisants

Longtemps on a cru que le sexe masculin était plus sujet à faire des apnées du sommeil mais les différentes études sur la polysomnographie ont montré qu’il y a pratiquement une égalité entre les hommes et les femmes souffrant d’apnées sévères du sommeil, l’âge (maximum à 60–70 ans), la présence d’une surcharge pondérale de type androïde, la prise d’alcool avant le coucher, la prise de certains médicaments induisant un relâchement musculaire, la présence d’un asthme ou autres symptômes respiratoires, le tabagisme. Même si le tableau concerne typiquement un homme âgé et obèse, il peut se voir chez d’autres personnes, même chez la femme longiligne.

La présence d’une maladie cardio-vasculaire augmente de deux à trois fois le risque de développer une apnée du sommeil[. De même, ce syndrome est plus fréquent chez le diabétique de type II[, chez l’hypertendu[. La raison de ces corrélations n’est pas claire, et s’agissant de maladies chroniques, il est impossible de savoir si l’apnée augmente le risque de ces maladies ou si ces maladies augmentent le risque d’apnée.

Il existe des formes familiales caractérisées par des similitudes anatomiques. Certaines maladies endocrines (hypothyroïdie, acromégalie, Cushing, diabète) favorisent la survenue d’apnées du sommeil ; de même, l’obstruction nasale, saisonnière ou non, responsable d’une respiration anormale par la bouche. Déglutition atypique : les interpositions de la langue entre les dents supérieures et les dents inférieures, au cours des 1500 à 2 000 déglutitions salivaires (« DS ») quotidiennes (appelé DS infantile chez l’enfant, DS atypique ou DS dysfonctionnelle chez l’adulte) favorise également cette anomalie respiratoire.

L’hypodéveloppement des maxillaires (mâchoires, fosses nasales et sinus étroits), la présence d’un palais effondré ou palais creux en ogive, toujours associé à des fosses nasales étroites (le palais est le plancher des fosses nasales), une mandibule (mâchoire du bas) trop petite (micrognathie) et placée trop en arrière (rétrognathie avec menton fuyant, ne pouvant jouer son rôle protecteur des voies respiratoires pendant le sommeil, l’arc mandibulaire devant normalement empêcher la langue de retomber en arrière en position allongée pendant le sommeil) sont également associés au syndrome d’apnées du sommeil.

Histoire naturelle

L’apnée du sommeil, sans intervention, tend à s’aggraver avec le temps[ . La concomitance de maladies chroniques (diabète, hypertension artérielle ou maladies cardiovasculaires) ne permet pas d’affirmer si ces dernières sont le terrain ou la conséquence d’une apnée du sommeil. Seule la surveillance des patients porteurs de ce syndrome sur le long terme permet de suspecter une relation causale.

Le risque de survenue d’une HTA semble étroitement corrélé au nombre d’apnées[. Le traitement du SAOS par ventilation par pression positive continue permet une régression modeste des chiffres tensionnels[. Il existe une augmentation sensible de la mortalité, essentiellement cardio-vasculaire, chez les patients porteurs d’une apnée du sommeil. Cela est démontré de manière indirecte par une amélioration des chiffres de mortalité chez le patient traité[.

Le ronflement est un facteur de risque de faire un infarctus (risque relatif de 4,4). L’hypopnée, si et seulement si elle s’accompagne d’une hypoxie transitoire, semble également être un facteur de risque cardio-vasculaire[. L’hypoxie a des conséquences à long terme, mais la somnolence diurne a des conséquences immédiates, en particulier sur les fonctions cognitives, l’humeur et le comportement (irritabilité, agressivité, dépression) et augmente le risque d’accident de la route.

SAOS et rhonchopathie. À propos de 79 cas

Introduction

La rhonchopathie représente la principale indication de réalisation d’une polygraphie ventilatoire afin de confirmer ou d’exclure un SAOS associé.

Méthodes

Une étude rétrospective sur 3 ans (2014–2016) de 79 patients hospitalisés pour rhonchopathie avec suspicion de SAOS chez qui nous avons réalisé une polygraphie ventilatoire ou une polysomnographie.

Résultats

Soixante-dix-neuf patients ont été colligés, avec une prédominance féminine (63 %), et un âge moyen de 43 ans avec des extrêmes allant de 15 à 80 ans. Le délai de consultation moyen est de 5 ans. L’indication principale est représentée par la rhonchopathie isolée dans 53 % des cas (40 cas), suivie des services référents de cardiologie (17 cas), d’endocrinologie (11 cas), d’ORL (8 cas) et de neurologie (1 cas). L’antécédent d’hypertension artérielle est retrouvé dans 39 % des cas, le diabète dans 16 %, un asthme ou BPCO dans 8 %, un tabagisme actif dans 8 %, et une dépression dans 3 cas. Les symptômes diurnes étaient dominés par la somnolence diurne et la fatigabilité matinale (67 %), les troubles cognitifs (35 %), les céphalées matinales (34 %), l’irritabilité (25 %) et les troubles de la libido (4 %). Pour les symptômes nocturnes, le ronflement est retrouvé chez tous les patients, avec des pauses respiratoires dans 66 % des cas et des troubles mictionnels dans 39 % des cas. L’obésité est retrouvée dans 51 % des cas, avec une prédominance féminine (60 % des femmes sont obèses versus 31 % des hommes). L’examen ORL note principalement une hypertrophie amygdalienne (6 cas), une déviation de la cloison nasale (6 cas), une macroglossie (5 cas), un voile du palais allongé (3 cas), un rétrognathisme (1 cas) et une micromandibulie (1 cas). Une tétraplégie flasque a été notée dans un cas d’atteinte par SLA. Le SAOS a été confirmé chez 63 cas, soit 80 % des patients ronfleurs avec légère prédominance masculine (83 % des hommes versus 78 % des femmes). Un traitement hygiéno-diététique a été indiqué dans tous les cas de SAOS léger à modéré (40 cas). Un traitement par PPC a été indiqué chez tous les cas de SAOS sévère (23 cas). Un traitement chirurgical d’une pathologie ORL sous jacente a été proposé dans 7 cas. Les autres patients ronfleurs chez qui nous n’avons pas confirmé le SAOS ont été réorientés vers leur médecin traitant d’origine.

Conclusion

Il ressort de cette étude que le ronflement est un signe sensible mais non spécifique du SAOS. Néanmoins ceci ne devrait pas freiner le dépistage de cette pathologie qui demeure un véritable problème de santé publique dans le monde.

Modes ventilatoires et réglages en ventilation non invasive : retentissement sur les évènements respiratoires et implications dans leur identification

Résumé

Comparé au mode invasif, la ventilation non invasive (VNI) a deux caractéristiques : sa nature non hermétique et le fait que le couple poumon–ventilateur ne peut pas être considéré comme un modèle à un seul compartiment de par l’interposition de la voie aérienne supérieure (VAS). À l’initiation de la VNI, les réglages du ventilateur sont déterminés sur la clinique et les variations de la gazométrie diurne. Cependant la VNI s’applique principalement pendant le sommeil, et une évaluation nocturne est nécessaire pour estimer la « bonne entente » patient–ventilateur. Le monitorage le plus avéré est apporté par les courbes de débit et pression au masque. Cependant, la VNI permet une large gamme de réglages. Il est nécessaire de les connaître pour comprendre l’interaction patient–ventilateur. Le mode ventilatoire, le type de déclenchement, la pente, l’utilisation d’une pression positive expiratoire et le type d’exhalation mais aussi les performances du ventilateur peuvent avoir des retentissements. Des fuites et des variations de résistance des VAS peuvent aussi modifier ces courbes. Cet article discute du matériel disponible pour la VNI, analyse l’effet des modes ventilatoires, réglages et systèmes d’exhalation sur les tracés. Son but : donner les bases nécessaires pour comprendre leur impact sur le monitorage de la VNI.

« Rabec C, Rodenstein D, Leger P, Rouault S, Perrin C, Gonzalez-Bermejo J; SomnoNIV group. Ventilator modes and settings during non-invasive ventilation: effects on respiratory events and implications for their identification. Thorax 2011;66:170–8 »

Facteurs prédictifs de ventilation mécanique invasive chez les patients BPCO

Introduction

L’hospitalisation en réanimation et le recours à la ventilation mécanique invasive (VMI) lors d’une exacerbation aiguë (EA) de BPCO constitue un tournant dans le cours évolutif de la maladie.

Objectifs

Déterminer les facteurs prédictifs de VMI chez les patients BPCO.

Méthodes

Étude rétrospective portant sur les dossiers des patients porteurs de BPCO hospitalisés à notre service pour EABPCO durant une période de 25 ans (1990–2015). Nous avons comparé 2 groupes : G1 : patients ayant bénéficié une ou plusieurs fois de VMI lors d’EABPCO (202 patients, 17,3 %), G2 : pas de VMI (965 patients, 82,7 %).

Résultats

L’étude a inclus 1167 patients BPCO avec un âge moyen de 67 ans. Les patients de G1 sont plus symptomatiques que le groupe 2 (mMRC ≥ 2 : 87 % vs 59 %, p < 0,001), ont une CVF plus basse (1,57 vs 1,89L ; p < 0,001), un VEMS plus bas (0,95 vs 1,21L, p < 0,001), ont une obstruction bronchique plus sévère (VEMS/CVF = 54 % vs 58 %, p < 0,001), une PaO2 plus basse (61 vs 70 mmHg, p < 0,001) et une PaCO2 plus élevée à l’état de base (45 vs 40 mmHg, p < 0,001). Les patients du G1 sont plus exacerbateurs que G2 (3,5, 2,6EA/an ; p < 0,001) avec plus d’antécédents d’hospitalisation en pneumologie, et de recours à la VNI (p < 0,001). Les EA sévères du G1 sont caractérisées par un pH plus bas (7,35, 7,39 ; p < 0,001), PaO2 plus basse (54, 61 mmHg ; p < 0,001) une capnie élevée (49, 41 mmHg ; p < 0,001), et plus d’exacerbations dues aux pyocyaniques (15,7 %,5 % ; p < 0,001). L’évolution du G1 était caractérisée par l’IRC (85 % vs 49 % ; p < 0,001), un recours plus fréquent à l’OLD (32 % vs 13 %, p < 0,001), l’hypertension pulmonaire (p < 0,001) et une médiane de survie significativement plus basse (48 vs 72 mois, Log Rank et Breslow < 0,001). L’analyse multivariée avec régression logistique montre qu’un mMRC ≥ 2 (OR : 1,87 ; 95 % CI 1,12–3,1), antécédent d’EA due au pyocyanique (OR : 2,32 ; 95 % CI 1,34–4,0), antécédent de recours à la VNI (OR : 1,43), la baisse du pH au cours des EA sévères (OR : 0,01), l’IRC (OR : 2,66) et l’HTAP (OR : 1,65) sont des facteurs de risque indépendants associés à la VMI.

Conclusion

L’altération de la fonction respiratoire et la sévérité des exacerbations constituent des facteurs prédictifs de VMI chez les patients BPCO dans notre étude.

Intérêts et modalités pratiques de mise en route d’une oxygénothérapie

Résumé

Introduction

La mise en œuvre d’une oxygénothérapie lors de la prise en charge d’une insuffisance respiratoire aiguë ou d’une insuffisance respiratoire chronique est un acte médical banal, tout au moins dans les services hospitaliers et les services d’urgences pré-hospitaliers. De même, l’oxygène est utilisé de manière quasi-systématique par des intervenants paramédicaux, en dehors de toute prescription médicale initiale, dans le cadre de pathologies susceptibles de mettre en jeu le pronostic vital.

État des Connaissances/Perspectives

Cette mise en route fréquente d’une oxygénothérapie doit toutefois respecter les règles entourant la prescription d’un médicament, dont elle a le statut. Des règles de prescription sont codifiées dans deux situations cliniques précises : l’hypoxie et l’hypoxémie aiguës et chroniques. Il convient pour le praticien d’identifier les signes cliniques en faveur d’une hypoxie avérée et les situations pouvant conduire à une potentielle hypoxémie, afin d’éviter des complications telles que l’arrêt cardiaque hypoxique. De même, le médecin doit être capable de prévenir les complications de l’oxygénothérapie, que celle-ci soit fréquente (comme la survenue ou l’aggravation d’une hypercapnie), ou plus rare (comme la contamination bactérienne des dispositifs d’humidification).

Conclusion

Savoir manier l’oxygène revient donc à en connaître les indications, les complications et effets secondaires, ainsi que les modalités pratiques d’administration.

Oxygénothérapie de longue durée : survie à 1 an, facteurs prédictifs de mortalité

Résumé

Objectifs

Évaluer la survie après 1 an d’une oxygénothérapie de longue durée (OLD), rechercher des facteurs prédictifs de mortalité à 1 an, évaluer l’impact de l’OLD sur la fréquence d’hospitalisation pour exacerbation de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).

Méthodes

Nous réalisons une analyse rétrospective de 416 patients avec une OLD débutée entre 2012 et 2014. Les courbes de survie sont estimées par la méthode de Kaplan–Meier, des modèles de régression des risques proportionnels de Cox sont utilisés pour modéliser l’impact des variables sur la survie des patients et l’évolution des patients hospitalisés pour exacerbation est analysée par le test de McNemar.

Résultats

L’âge moyen est de 70 ans. La population comporte 57 % de femmes et 78 % de BPCO. La survie à 1 an (n = 416) sous OLD est de 75 %. Les facteurs prédictifs de mortalité identifiés sont l’insuffisance coronarienne (HR [IC95 %] : 1,8 [1,2–2,8] ; p = 0,0083), l’altération de la fraction d’éjection du ventricule gauche (HR [IC95 %] : 2,5 [1,3–4,9] ; p = 0,0080) et l’existence d’une ostéoporose (HR [IC95 %] : 1,7 [1,0–2,9] ; p = 0,040). L’instauration de l’OLD est associée à une diminution de 28 % de la fréquence d’hospitalisation pour exacerbation de BPCO (n = 171).

Conclusions

La mortalité à 1 an sous OLD est de 25 %. Les facteurs prédictifs de décès identifiés à 1 an sont l’insuffisance coronarienne, l’altération de la fraction d’éjection du ventricule gauche et l’existence d’une ostéoporose.

L’OLD semble participer à une réduction de la fréquence d’hospitalisation pour exacerbation de BPCO.

L’observance du traitement par pression positive continue : étude prospective de 103 patients suivis au service de pneumologie de Nabeul-Tunisie

Résumé

Introduction

Le traitement de référence du syndrome d’apnées hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) est la pression positive continue (PPC). Ses effets bénéfiques sont certains si les indications sont respectées et l’observance thérapeutique est bonne.

Méthodes

Étude prospective sur quatre ans incluant 103 patients ayant un SAHOS sévère et traités par PPC.

Résultats

L’âge moyen de notre population était de 52 ans. Le taux du refus initial de la PPC était de 20 %. Le mode constant était prescrit chez 98 % des patients. Les effets indésirables de la PPC étaient observés chez 75,9 % des patients, dominés par l’intolérance nasale et les complications du masque. L’observance thérapeutique était bonne dans 76 % des cas. Le taux d’abandon secondaire était de 10,6 %. L’observance de la PPC était corrélée à la sévérité de la maladie, la somnolence diurne excessive initiale, un haut niveau de pression, l’éducation répétée au cours du suivi, l’efficacité clinique et des effets indésirables moindres. Sous PPC, il a été noté une amélioration significative des symptômes initiaux ainsi que de l’indice d’apnées-hypopnées résiduel.

Conclusion

Le suivi régulier des patients avec des consultations réalisées en présence du prestataire nous a permis d’obtenir des taux d’observance, de tolérance et d’efficacité satisfaisants.

Référence

Revue des Maladies Respiratoires, Volume 35, Issue5, May 2018, Pages 531-537

H. Ghrairi, I. Khalfallah, N. Abid, M. Loukil

Quelles différences entre malade observant et non observant de la CPAP ?

Introduction

Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) est une pathologie fréquente. Son principal traitement est la ventilation par pression positive continue (PPC). L’efficacité de ce traitement dépend de l’adhérence du malade à sa PPC.

But

Comparer le profil clinique et les données polygraphiques entre les malades observants et non observants de la PPC.

Patients et méthodes

Étude prospective sur 50 patients ayant un SAOS sévère (2009–2012) traités par PPC. L’évaluation initiale note les données cliniques et polygraphiques des patients. L’évolution des symptômes, la tolérance de la PPC et le degré d’observance thérapeutique sont évalués à chaque consultation par l’interrogatoire et l’extrait de données de la machine.

Résultats

Il s’agit de 17 hommes et 33 femmes, obèses, âgés de 56 ± 8 ans. L’indice d’apnées-hypopnées (IAH) initial moyen est de 51,9. La durée moyenne d’utilisation de la PPC/nuit est de 4,6, 4,9 et 5,1 heures/nuit, évaluée respectivement à 3, 6 et 36 mois. Une bonne observance est notée chez 70, 77 et 86 % des patients, respectivement aux 3 points de contrôle. À la différence des malades observants, les patients non observants ont un tour du cou et de la taille plus élevés (p = 0,047 ; p = 0,04). Ils ont plus de cauchemars (p = 0,01) dans les symptômes initiaux avec une somnolence diurne plus marquée objectivée par le score d’Epworth initial (p = 0,002). Ils ont un niveau de pression plus élevé (p = 0,028) source de mauvaise tolérance avec des effets indésirables plus nombreux.

Conclusion

La connaissance de facteurs influençant la non-observance de la PPC oriente le médecin pour renforcer l’éducation thérapeutique chez certains patients et traiter les effets indésirables à temps.

Référence

Revue des Maladies Respiratoires, Volume 32, Supplement, January 2015, Page a207.

I. Khalfallah, M. Loukil, I. Mejri, H. Bouazra, H. Ghraïri